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CLEMATITE L’HERBE AUX GUEUX

 

CLEMATITE

L’HERBE AUX GUEUX

Sur les ruines

D’un sol ancien,

Nous arrachions à pleines mains

Le papier à fleurs au plâtre des murs

Et démêlions patiemment

Les cheveux de la vierge

Tressés dans le questionnement

D’une nuit qui ment.

Comme il aura fallu veiller

Sur l’enfant que nous étions,

La main à ses mots

À ses buvards, à ses brouillons,

Sa présence envahissante

Et sa ligne s’enroulant à nos corps verticaux.

Nous ne savions pas alors la complicité des trains

Et la dissémination des graines qui voyagent

De gare en gare au fil d’un temps qui fait notre jardin.

Une lignée de mots rares fleuris sur un matin sauvage

Escalade follement le romarin.

La couleur s’exhale et nous l’aimons pour ses silences,

Sa frange de sable froissée aux doigts des saisons.

Pourpre, la patience de la clématite.

Pourpre, le souvenir d’un Nous qui nous habite.

Pourpre notre immobilité merveilleuse

Au secret de tous les herbiers que nous accrochons

Aux murs de briques comme des veilleuses.

Barbara  Auzou

P1050645

Clématite – L’Herbe aux Gueux – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100

 

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LA MEMOIRE DES MUSES 9

LA MEMOIRE DES MUSES 9

 

Le monde s’écroulait chagrin

Dans ses doutes jaunes.

Et la persistance de ses papiers de suie

Qui pavaient des lendemains

Au tamis d’un tapis tissé brun

Laissait le corps fragmenté et la gorge aphone

A la râpe sèche de son lin.

Tant de saisons noyées dans le lit d’anciennes sources

Masse de sang arrêtée à la veine paresseuse du temps.

Ondulations

Et vertiges verts du souvenir

Accrochés aux toits du monde comme du linge de maison.

Dans ce trop peu de ciel

Il fallut bien consentir

A perdre

Pour regagner

Des matins clairs foulés

A la bride des sabots de printemps

Battant la mesure au jardin surpris

Si avide d’éternel.

Et qu’opposer à l’asphyxie

Sinon la secrète alliance

La paupière d’écume à la hanche

Et l’étreinte rapprochée du redouté sablier

Au ventre d’un matin sur territoire conquis ?

Et le vivant règne sur le vécu

Comme un défi

Que le vent bat joyeusement.

Barbara Auzou

p1050218

La Mémoire des Muses 9 – 2016 – Niala – Acrylique s/toile 41×27

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 Le Soi trouvé au Jardin

 Le Soi trouvé au Jardin

 

La chanson qui nous chante

a des accents de vertes fêtes,

des doigts artisans qui lui donnent terre

et des refrains de menthe

à la corde et à la cambrure offertes.

La chanson qui nous chante

a fait provision d’automne.

Elle a établi son abri, sa cabane,

sa carrière silencieuse et aimante

à la craie oubliée et profane

et à l’écurie des hommes.

La chanson qui nous chante

a volé ses mots à la force du vent ému

aux lilas et aux pavots que tout contente

et à la fraîcheur d’un sol de pieds nus.

Devenus arbres sans contraintes

droits et à la sève joyeuse

nous dansons sous des ciels qui voyagent

dévêtus sans hâte aux paravents des nuages

et sans la moindre crainte,

nous tendons loin des mains travailleuses.

Devenus herbes folles et sans âge

sur l’aile nubile d’un air blond

nous nous rêvons et nous nous contons,

la nuque apaisée sur les genoux d’un jardin sauvage

qui veille, tutélaire, sur l’éclatement fécond de la figue

et sur le sanglot grave et profond d’un retour à soi

que désormais tout irrigue.

 Barbara Auzou

P1050638

Le Soi trouvé au Jardin – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 100×100