L’EPOQUE 2020/10: LA POITRINE DES ANGES

L’EPOQUE 2020/10: LA POITRINE DES ANGES

Après les Époques 2018 et 2019, voici le dixième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : LA POITRINE DES ANGES . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

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L’EPOQUE 2020/10″La poitrine des Anges »NialaAcrylique s/toile 61×46

Je t’aurais aimée

Et le ciel déborde jusque dans les maisons

Avec le bourdonnement continu de ses fleurs

De lierre  À la poitrine des anges je viens triturer

De menues prières pour que le môle s’allonge

Vers nos circuits de sel et leurs étranges visions

Je t’aurais aimée

Ton tablier chante la pêche dorée de ton quotidien

Et les nuages n’évoluent qu’en coulisse

Avec leurs trésors à toi seule dédiés

Sur sa pierre tourne le volet vers nos yeux au matin

Des lampistes en quête de vérité et d’habitudes

Sont venus habiter en nombre notre jardin

Et moi je peins ce ciel d’oranges

Pour que tu ne puisses plus douter

Que tu es dans ma vie le fruit gonflé

De toutes mes latitudes

 

BARBARA AUZOU.

L’EPOQUE 2020/9: LES EAUX FŒTALES

L’EPOQUE 2020/9: LES EAUX FŒTALES

Après les Époques 2018 et 2019, voici le neuvième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : EAUX FŒTALES  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

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L’EPOQUE 2020/9 « EAUX FOETALES » Niala Acrylique s/toile 50×50

Les bêtes de nos songes

Longtemps jetées dans la lutte

Se sont humées comme on devine

Le musc embusqué derrière un bosquet

Chante la foret du sang que tout ronge

Chante l’oiseau de nos yeux désormais

Nous rêvons tellement mieux

Depuis que nous rêvons par la peau

Que des grappes d’enfants

Pourvus d’une belle intelligence

Le ventre vidé des pâtures marines

Glissent doucement sur la toile

Avec leur désir de tout dire

De tout aimer  Regarde-les

Ils ont cette démarche pure

De roses lentes rassurées

À la robe et au vin d’un remblai fauve

Barbara Auzou.

L’EPOQUE 2020/8 – « ESPACE »

L’EPOQUE 2020/8 -« ESPACE »

 

Après les Époques 2018 et 2019, voici le septième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : MORTINATALITÉ  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

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L’EPOQUE 2020/8

« ESPACE »

Niala

Acrylique s/toile

ESPACE

Je n’ai pas toujours su étonner l’oiseau

Qui comblait le vide de mes pensées

Et à peine éclose de son absence

J’écrivais aux bernaches

Pour que l’on m’arrache d’un temps

Qui me mangeait

Et me faisait vivre de profil

Dans les trouées décisives et nues

Des raisons d’être

Loin tellement loin des roses

Alors je lui réclamais l’espace

Et la nécessité des mains

Que je lui abandonnais

Donnait naissance à des fenêtres

A des maisons

Qui deviendraient loin des villes

La matière amoureuse que l’on pénètre

L’haleine doucement chantante d’une vie facile

Barbara Auzou.

 

L’EPOQUE 2020/7 : MORTINATALITE

L’EPOQUE 2020/7: MORTINATALITÉ

 

Après les Époques 2018 et 2019, voici le septième de cette nouvelle Époque 2020 avec BARBARA AUZOU : MORTINATALITÉ  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

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Mortinatalité le 7 de l’Epoque 2020
Niala
Acrylique s/toile 92×73


Derrière la nuit haute qui dispense des prières de peu

Il y a un autre lieu que le lieu

Un havre dont j’ai la garde et la jouissance

Dans l’aspic de la langue sans haine réveillé

Et l’absence de dieux y déroule son sein long

En toute liberté pour y faire doucement monter

La colonne du chant dans une pavane d’osselets et d’enfance

Avec eux ma part d’immortalité  mon nom dans une étoile gonflée

De mains mamelon sucé frontons et fontaines

Subviennent à la faim du monde jamais rassasiée  J’accouche

Bouche ouverte d’une nouvelle naissance

Merveilleusement nu

Ouvrier irrémédiable de l’horizon

Et du méat troublé des choses vertes

 

 

Barbara Auzou.

Une note de lecture de Claude Luezior à propos de L’Epoque 2018/Barbara Auzou/Niala.

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Une note de lecture de Claude Luezior à propos de L’Epoque 2018/Barbara Auzou/Niala.

18 MARS 2020 / BARBARASOLEIL
Certains livres de Luezior sont traduits en langues étrangères et en braille.  Il reçoit de nombreuses distinctions, dont le Prix européen ADELF-Ville de Paris au Sénat en 1995 ainsi qu’un Prix de poésie de l’Académie française en 2001 (Hélène Carrère d’Encausse). Le Prix de poésie Hélène Rivière de l’Académie rhodanienne des Lettres lui est décerné en compagnie de Philippe Jaccottet (Grand Prix) en 2001. Luezior  est nommé Chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres par le Ministère français de la Culture en 2002. En 2013, le 50e prix Marie Noël, dont un ancien lauréat est Léopold Sédar Senghor, lui est remis par l’acteur Michel Galabru, ancien membre de la Comédie française

https://claudeluezior.weebly.com/

Un grand merci à Claude Luezior…Sa note de lecture sera reprise prochainement sur différents sites dont http://incertainregard.com/

 

Barbara AUZOU et NIALA, L’Époque 2028, Les Mots Peints, Éditions Traversées, Virton (Belgique), 2019, 133p.

C’est bien connu : peinture (dessins, photographie ou arts graphiques) et écriture peuvent se compléter à merveille. Le visuel met le mot en exergue, lequel, à son tour, lui donne du signifiant. Il est bien entendu que chacun peut se suffire à lui-même, mais cette synergie artistique apporte indéniablement un supplément d’âme.

Presque invariablement, les livres pour enfants (mais pas seulement !) sont abondamment illustrés, souvent, de belle manière… Ce d’autant que nous vivons dans un monde multimédia. Avouons-le : n’a-t-on autrefois feuilleté notre Michel Strogoff pour découvrir d’abord les dessins avant de nous immerger dans le roman? On distinguera l’écrit à la source d’une peinture, de textes eux-mêmes inspirés par l’artiste. Bien sûr, Hugo était tout les deux à la fois, mais assez rares sont les poètes-peintres.

Nous ne parlerons pas ici des livres d’art décrivant les œuvres, parfois de manière informative mais souvent sur un mode académique ou ennuyeux : cela est un autre chapitre.

Trêve d’introduction : la pédanterie nous guette… Ce bel ouvrage de la poétesse Barbara AUZOU et du peintre Alain Denefle-dit-NIALA est là, sans que nous en connaissions les racines, ni les arcanes. D’emblée, les feux sont doubles en leurs constellations communes ou respectives : à picorer çà et là, dans un premier temps, la démarche de l’un par rapport à l’autre n’est pas évidente, ce d’autant que les poèmes et les toiles ne se font pas face mais se suivent d’une page à la suivante. Peut-être les auteurs ont-ils d’ailleurs eu raison, chaque approche gardant ainsi davantage son autonomie… Cela dit, certains termes ou titres de tableaux (jardin, chevelure verte, À la butée des étoiles) reviennent dans les textes, lesquels ne sont nullement descriptifs.

Tout contexte et toutes proportions gardés, NIALA nous fait penser à Chagall (comme le suggère Lieven Callant dans une récente recension) et à Louis Delorme, voire à Klimt (p. 59). Des personnages abondants et suspendus, des couleurs chaleureuses enchantent le rêve et « collent » magnifiquement au foisonnement imaginaire de l’écrivain. On peut lire sur Internet que NIALA serait classé comme un artiste primitif moderne (sans lien, d’ailleurs avec l’Art Deco) : laissons les docteurs de l’art se disputer sur les termes, l’essentiel étant bien l’émotion.

Plongeons dans les poèmes ou la prose poétique mise à la verticale de Barbara AUZOU.

C’est dans un fracas de mots perdus

que l’heure sanguine se disloque

étalant un baume de silence inquiétant

sur les morsures du sel ou du vent

promesse rauque d’un lendemain de chaleur

où la vipère attend.

Textes d’heureuse facture, intuitifs, pudiques, parfois dissonants comme une musique de Stravinsky (on n’est pas loin de Chagall) mais sonnant « juste », riches en images inconscientes (vraiment ?) ou subliminales (cette professeure de lettres modernes s’est-elle imprégnée des surréalistes ?) Toujours est-il que la plume reste en permanence inspirée et forme avec les tableaux un duo homogène et étonnant.

Poèmes de liberté, poèmes d’amour, aussi :

Et, déjà, au ciel du lit, le vent tournait lentement

(Quel forfait pour un printemps !)

qui rendraient plus rouges et plus sucrés

les fruits de l’amour au brûlant compotier.

Ou encore, parmi tant d’autres, ces lignes fortes, cadencées, exprimant les souffrances et le destin…

Toutes les femmes savent cela :

l’impérieux besoin de rentrer chez elles

et de se baigner dans leurs eaux ;

et de l’ombre et de la lumière l’âpre combat,

et la permanence du sang sur la clef perdue

au fond d’un champ

Beauté électrique du verbe, sachant que la plume de Barbara AUZOU est souvent exigeante envers le lecteur. Oui, la beauté mène l’obscur à la lumière (p.129). AUZOU et NIALA ont beaucoup de talents. Trop, peut-être ? Ne pas être trop génial, plaidait le peintre Armand Niquille.

On ne s’en plaindra pas. Ce livre édité par Traversées fera date. Salut les Artistes !

Claude Luezior

http://www.claudeluezior.weebly.com

 

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