{"id":3663,"date":"2021-08-27T15:20:27","date_gmt":"2021-08-27T14:20:27","guid":{"rendered":"https:\/\/alainnialablog.com\/?p=3663"},"modified":"2021-08-27T15:20:27","modified_gmt":"2021-08-27T14:20:27","slug":"terre-o-niala-2021-acrylique-s-toile-46x38","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alainnialablog.com\/?p=3663","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0TERRE \u00d4\u00a0\u00bb- NIALA 2021 &#8211; ACRYLIQUE S\/TOILE 46X38"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/alaindenefleditniala.wordpress.com\/2021\/08\/27\/terre-o-niala-2021-acrylique-s-toile-46x38\/#respond\">COMMENTAIRE<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Rate This<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alaindenefleditniala.files.wordpress.com\/2021\/08\/img-6623-copie.jpg?w=676\" alt=\"\" class=\"wp-image-74421\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-huge-font-size\">\u00ab\u00a0TERRE \u00d4\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-huge-font-size\">NIALA<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-huge-font-size\">2021<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-huge-font-size\">ACRYLIQUE S\/TOILE 46X38<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\">LES PIERRES DANS LE SOLEIL<\/h1>\n\n\n\n<p>Le vent frappe les herbes comme une monture qui doit gagner les ruisseaux \u00e0 marches forc\u00e9es.<br \/>Aucun vivant ne peut se soustraire \u00e0 la mort qui l\u2019enferme dans sa toile de rues et de veines.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vain de courir la terre d\u2019\u00eele en \u00eele, de continent en continent, de ville en ville, puisque toute l\u2019histoire de l\u2019\u00eatre se passe d\u2019une tempe \u00e0 un poignet battant d\u2019un<br \/>seul sang.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil ne sait rien de la peine de l\u2019homme<\/p>\n\n\n\n<p>sur lequel par hasard il jette une lueur<\/p>\n\n\n\n<p>qui l\u2019enfi\u00e8vre un instant de tout l\u2019amour d\u2019un monde<\/p>\n\n\n\n<p>auquel il ne tient que par un filet d\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 sa belle architecture de lumi\u00e8re, le jour n\u2019est rien qu\u2019un morceau de papier dans la nuit o\u00f9 les lampes veillent de tr\u00e8s hautes b\u00e2tisses n\u2019ayant pour d\u00e9faut<br \/>que le trou d\u2019une serrure.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre au franc sourire de la clart\u00e9, il reste la source et ses prunelles de gravier, il reste un tesson de bouteille qui regarde l\u2019espace entier \u00e0 travers un buisson<br \/>d\u2019orties.<\/p>\n\n\n\n<p>II<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est si calme et si fragile dans le village qu\u2019il suffirait sans doute d\u2019un \u00e9clat de voix pour que se fendent certaines tuiles des toits et pour que naisse l\u2019unique enfant de<br \/>l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La for\u00eat n\u2019ose pas s\u2019avancer vers les bl\u00e9s de peur de briser une seule de leurs tiges et chaque \u00e9pi tient \u00e0 venir \u00e0 la rencontre des champs r\u00eavant de jour et de<br \/>nuit sous la luzerne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fleurs essaient de garder un peu de soleil pour que le soir ne soit pas tout \u00e0 fait obscur et les oiseaux dont l\u2019ombre courait sur le sol se posent sur le premier arbre<br \/>retrouv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pont qui veut peser sans heurt sur la rivi\u00e8re n\u2019est qu\u2019un petit tas de pierres pour le chemin jouant avec la distance \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un chat dont la proie se tue<br \/>d\u2019elle-m\u00eame dans ses griffes.<\/p>\n\n\n\n<p>La plaine s\u2019\u00e9largit en bousculant les routes de toute la force de plusieurs millions d\u2019herbes qui font de chaque source une clairi\u00e8re o\u00f9 le monde sauve le plus de jour qu\u2019il<br \/>peut.<\/p>\n\n\n\n<p>III<\/p>\n\n\n\n<p>On gagne en h\u00e2te l\u2019\u00e9t\u00e9 pour ne plus voir la ville que les vitres font briller comme une armure et o\u00f9 les maisons dominent de leur stature l\u2019homme dont rues et chambres<br \/>comptent les pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffit d\u2019un coteau pour courber l\u2019horizon, d\u2019un peu d\u2019eau pour que des yeux regardent dans l\u2019herbe, d\u2019un coup de vent pour que les plus larges for\u00eats prennent peur au bord du paysage<br \/>rest\u00e9 calme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le raisin qui m\u00fbrit au beau milieu des gu\u00eapes n\u2019est plus rien qu\u2019un orage griff\u00e9 par la foudre et la gerbe qui se d\u00e9lie pour la batteuse ne sait pas que l\u2019\u00e9t\u00e9 va<br \/>finir avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>On cherche en vain le poids d\u2019une abeille mourant<\/p>\n\n\n\n<p>t\u00f4t le matin en pleine f\u00eate de ros\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>et il faudrait b\u00e2tir des greniers jusqu\u2019au ciel<\/p>\n\n\n\n<p>pour garder les fruits donnant naissance au printemps.<\/p>\n\n\n\n<p>IV<\/p>\n\n\n\n<p>Le destin du soir se joue dans le fond d\u2019un verre o\u00f9 se reforme le couchant tomb\u00e9 des toits.<br \/>Des hommes qui doivent mourir avant demain le garderont comme un signet sous leurs paupi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Un rayon presque chaud rend vivante une armoire qui n\u2019a aucune chance de franchir la pi\u00e8ce parce que, lourde des bois o\u00f9 elle a v\u00e9cu, elle ne peut aller bien loin sur le<br \/>palier.<\/p>\n\n\n\n<p>Les maisons ont l\u2019air de se serrer, plus secr\u00e8tes au-dessus de leurs dormeurs, au-dessus des tables o\u00f9 du reflux du jour ne reste qu\u2019une assiette comme un ab\u00eeme ouvert \u00e0<br \/>l\u2019aplomb de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil voudrait ne pas quitter une feuille que la terre avare retient comme un peu d\u2019or, mais tr\u00e8s loin un miroir ou peut-\u00eatre un carreau lui ordonne de s\u2019en aller par-del\u00e0<br \/>les arbres.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019heure o\u00f9 la ville se s\u00e9pare des rues dans le bruit de la derni\u00e8re porte ferm\u00e9e, o\u00f9 le village \u00e9prouve un moment de bonheur parce que ses fum\u00e9es vont<br \/>tr\u00e8s haut dans le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>V<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019oiseau perd son chemin pour avoir pris en chasse un peu de soleil trouv\u00e9 dormant sur un toit et qui s\u2019est soudain r\u00e9tract\u00e9 par-dessus les champs comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait que la<br \/>branche d\u2019un \u00e9ventail.<\/p>\n\n\n\n<p>On d\u00e9couvrira ses plumes le long d\u2019un bois contre lequel il s\u2019est jet\u00e9, d\u00e9\u00e7u de voir si proches la prairie et l\u2019immense forge des bl\u00e9s et si lointain l\u2019horizon<br \/>couronnant la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des rameaux qui s\u2019\u00e9chappent des arbres pour remettre au couchant tous les fruits de l\u2019\u00e9t\u00e9.<br \/>II y a des moissons qui vont en plein village mourir, \u00e9pis trop lourds, au pied des fontaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir s\u2019enfonce de plus en plus dans la campagne o\u00f9 l\u2019on entend mieux le bruit que fait une taupe<\/p>\n\n\n\n<p>devenue sans le vouloir le pouls de la plaine<\/p>\n\n\n\n<p>loin de la ville, r\u00e9duite \u00e0 quelques terriers de clart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>VI<\/p>\n\n\n\n<p>La terre veut voir de quel c\u00f4t\u00e9 vont les hommes qui somnolent en plein midi contre ses flancs le corps allong\u00e9 en travers des c\u00e9r\u00e9ales o\u00f9 fermes et clochers<br \/>coulent sans un regard.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arbre de la route ne cache pas son plaisir d\u2019avoir quitt\u00e9 la grande cit\u00e9 des for\u00eats o\u00f9, jeune plant, il a v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es sans savoir que le monde a pour<br \/>source le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est le premier \u00e0 faire signe au village<\/p>\n\n\n\n<p>pour qu\u2019il \u00e9veille le matin tuile par tuile<\/p>\n\n\n\n<p>et, quand le soleil est sur le point de se coucher,<\/p>\n\n\n\n<p>il se met sans raison \u00e0 briller comme un lustre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un oiseau s\u2019\u00e9lance par moment de sa cime ainsi qu\u2019un bouquet de feuilles vivantes qui reprendra bient\u00f4t sa place sur les branches pour se fermer le soir comme un simple<br \/>bourgeon.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s des murs qui se retiennent de respirer, la nuit se concerte pour traverser des vitres o\u00f9 viennent aboutir comme des rails perdus les derni\u00e8res lueurs qui d\u00e9valent du<br \/>jour.<\/p>\n\n\n\n<p>VII<\/p>\n\n\n\n<p>La for\u00eat compte une \u00e0 une les gouttes de pluie d\u2019une voix qui \u00e0 la longue endort les oiseaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant il lui arrive d\u2019applaudir le vent qui a insist\u00e9 pour qu\u2019elle danse avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>La verdure va d\u2019arbre en arbre jusqu\u2019aux routes contre quoi elle s\u2019\u00e9crase, herbe mutil\u00e9e o\u00f9 souvent une abeille \u00e9pingl\u00e9e de fra\u00eecheur demande au soleil de lui<br \/>rapprendre \u00e0 voler.<\/p>\n\n\n\n<p>La pluie bourdonne longtemps d\u2019un village \u00e0 l\u2019autre sur ses hautes et fragiles pattes d\u2019insecte pour tr\u00e9bucher ensuite dans l\u2019espace clair sans laisser d\u2019autres traces qu\u2019un peu de<br \/>ros\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ruisseau donne le m\u00eame coup d\u2019\u00e9paule au pont<\/p>\n\n\n\n<p>pour rejeter au fond des gramin\u00e9es rieuses<\/p>\n\n\n\n<p>un chemin qui s\u2019arr\u00eate \u00e0 perte de vue<\/p>\n\n\n\n<p>pr\u00e8s d\u2019une ferme o\u00f9 le soir est plus large qu\u2019ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>VIII<\/p>\n\n\n\n<p>Voulant parler au soleil auquel tout l\u2019unit et qui se tient l\u00e0-bas comme en haut d\u2019une rampe, la moisson cherche en vain les mots que ses \u00e9pis ne savent dire qu\u2019au vent lorsqu\u2019il les<br \/>renverse.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le silence autour duquel les pierres montent comme un puits, seul bat le c\u0153ur trop grand d\u2019une ville o\u00f9 se l\u00e8vent \u00e0 la m\u00eame heure cent mille hommes se ressemblant<br \/>pour une fois comme des fr\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour commence \u00e0 sortir avec pour reflet celui de leur sang qui se tord \u00e0 peine aux tempes ou qui \u00e9claire si mal l\u2019herbier du poignet quand le soleil d\u00e9bouche des chemins<br \/>vicinaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le matin surgit d\u2019entre les buissons sachant que rien ne peut le cacher \u00e0 mes yeux trop pauvres si ce n\u2019est l\u2019ombre que ma main fait sur le ciel ou celle d\u2019un arbre coupant le monde en<br \/>deux.<\/p>\n\n\n\n<p>IX<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil ne cesse de d\u00e9valer le long des rails en avant du train qui ne le rattrape qu\u2019au soir.<br \/>Le soleil relie entre elles les petites gares parmi les bourdons ricochant comme des balles.<\/p>\n\n\n\n<p>Le paysan n\u2019avance plus dans les avoines tant l\u2019espace semble le serrer de toutes parts et quand il tourne son visage vers le ciel il sent qu\u2019il n\u2019est pas seul \u00e0 regarder la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il est parvenu au sommet de la colline, il reconna\u00eet dans le lointain quelques fen\u00eatres d\u2019o\u00f9 doit sortir comme d\u2019une source un paysage de vergers trop blancs<br \/>abandonn\u00e9s aux abeilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa t\u00eate vogue sans effort sur les moissons comme un simple bouchon au niveau d\u2019une mer o\u00f9 le village entrevu n\u2019est plus qu\u2019un \u00eelot auquel on n\u2019acc\u00e8de qu\u2019\u00e0 la mar\u00e9e<br \/>basse du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>X<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019\u00e9t\u00e9 qui vacille en touchant les labours, l\u2019oiseau n\u2019entend plus l\u2019appel d\u2019un ruisseau avec alentour le pr\u00e9 veillant sur son nid.<br \/>Seul, l\u2019espace est attentif au bruit de son vol.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le bleu du ciel fond brutalement sur lui, l\u2019obligeant sans mani\u00e8re \u00e0 rejoindre le sol o\u00f9 sur un caillou trouant le jour et les herbes il retrouve le poignet nu de la<br \/>campagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ou trois insectes quittent d\u2019un trait la terre avec, \u00e0 chaque aile, presque toute la clart\u00e9 que contient la for\u00eat, un moment entreb\u00e2ill\u00e9e sur la source n\u00e9e<br \/>d\u2019une \u00e9toile en pleine pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un rideau fait respirer toute une maison et, lorsque se taisent les enfants de l\u2019\u00e9cole, le silence est si grand partout qu\u2019on se demande si quelqu\u2019un pourra y prendre encore la<br \/>parole.<\/p>\n\n\n\n<p>XI<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019enfonce tr\u00e8s fort les ongles dans la peau pour me rappeler que je suis encore en vie \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 mes doigts craignent de se refermer sur des os pr\u00eats \u00e0 jouer le<br \/>jeu de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Que me reste-t-il de quarante ans de regards, sinon le souvenir de deux ou trois couchants au-dessus de soirs presque sans date ni lieu, de bl\u00e9s marchant la t\u00eate haute vers la<br \/>nuit?<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil fait semblant de ne pouvoir sortir d\u2019un filet d\u2019eau traversant pierres et chemins ou des yeux d\u2019une amoureuse pour qui se l\u00e8ve le jour irrempla\u00e7able d\u2019un visage<br \/>d\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avance sans savoir que les murs s\u2019\u00e9clairent \u00e0 l\u2019approche d\u2019un corps aussi bouleversant<\/p>\n\n\n\n<p>que celui d\u2019un navire en route vers la terre, foudre vivante \u00e0 quoi se br\u00fble l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re \u00e9parse n\u2019a plus d\u2019autre support<\/p>\n\n\n\n<p>qu\u2019une main tendue venant tout droit de la nuit<\/p>\n\n\n\n<p>et par laquelle ma chair rayonne et s\u2019\u00e9tend<\/p>\n\n\n\n<p>tr\u00e8s loin de ce point trop gris qu\u2019est toujours le c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>XII<\/p>\n\n\n\n<p>Un paysan, gerbe parmi les gerbes qu\u2019il dresse, se sent ma\u00eetre des moindres gestes du soleil qu\u2019il force \u00e0 rester un tant soit peu sur les bl\u00e9s d\u2019o\u00f9 le matin na\u00eetra,<br \/>simplement raviv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils iront au village comme un troupeau sonnant avec, derri\u00e8re eux, un carr\u00e9 de ciel vide dans lequel s\u2019\u00e9l\u00e8veront bient\u00f4t des batteuses dont la voix n\u2019arrive pas, le<br \/>soir, \u00e0 mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>La terre s\u2019endort sans crainte entre les racines puisque rivi\u00e8res et vitres veillent pour elle jusqu\u2019au jour o\u00f9, montant \u00e0 la cime des arbres, elle reverra tout le printemps<br \/>\u00e0 ses pieds.<\/p>\n\n\n\n<p>Les champs les plus recul\u00e9s apprennent le nom dont la charrue les appelle, en le r\u00e9p\u00e9tant, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre d\u2019un \u00e9t\u00e9 sans fin, \u00e0 l\u2019air qui l\u2019oublie dans la<br \/>premi\u00e8re ville travers\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La vall\u00e9e est vite remplie de nuits trop larges, descell\u00e9es de temps en temps par de rares lampes, seules \u00e0 tenir compagnie \u00e0 la solitude quand les portes cessent de tourner<br \/>dans les murs.<\/p>\n\n\n\n<p>XIII<\/p>\n\n\n\n<p>LE ciel est sur les bl\u00e9s qui dorment \u00e0 midi sans que le vent fasse parler un seul \u00e9pi.<br \/>Rien ne brise leur cha\u00eene si ce n\u2019est la ville dont le front bat le soir \u00e0 la premi\u00e8re lampe.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ils ont fait et refait le tour de leur champ, ils s\u2019arr\u00eatent quelquefois devant une fleur qui se penche avec des gr\u00e2ces de danseuse sur eux, conqu\u00e9rants des chemins durs de<br \/>l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9clair n\u2019est plus qu\u2019une bielle folle<\/p>\n\n\n\n<p>au creux d\u2019un orage que soutient la colline,<\/p>\n\n\n\n<p>ils s\u2019\u00e9cartent pour faire un nid \u00e0 l\u2019alouette<\/p>\n\n\n\n<p>qui, dans la pluie, tombe ferm\u00e9e comme un couteau.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils vont au-devant des chars tournant dans les chaumes afin qu\u2019on les porte en triomphe jusqu\u2019\u00e0 la grange.<br \/>Nuit et jour, les tuiles vont veiller sur eux, croyant les soustraire \u00e0 l\u2019appel des batteuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sentier enfin libre erre toute la nuit, revenant sur ses pas s\u2019il aborde la route qui va vers la ville o\u00f9 il n\u2019y a de couchant que celui fait par les vitres se regardant.<\/p>\n\n\n\n<p>XIV<\/p>\n\n\n\n<p>Les c\u00e9r\u00e9ales qui montent vers la colline pour la contraindre \u00e0 s\u2019\u00e9chouer comme une barque dans l\u2019\u00e9t\u00e9 sans profondeur se jettent en vain contre la route qui dort<br \/>\u00e0 l\u2019ombre des arbres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour peut s\u2019enfoncer dans le plus bel orage, devenir d\u2019un seul coup une nuit sans couture, le soleil revient pour rougir les derniers ceps ou pour se mesurer \u00e0 l\u2019\u00e9clair le plus<br \/>fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Il apprend aux pierres \u00e0 se laver de grand matin dans la ros\u00e9e qu\u2019on rencontre au bord des chemins, mais les champs peuvent sans lui se mettre \u00e0 marcher au pas m\u00eame du<br \/>paysan et de ses chevaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, quand le ciel p\u00e8se sur lui comme un pont, il a encore assez de force pour briller en toute h\u00e2te dans l\u2019\u0153il d\u2019un oiseau mal cach\u00e9 parmi les fruits que l\u2019on voit<br \/>soudain de tr\u00e8s pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>XV<\/p>\n\n\n\n<p>Au pied d\u2019un arbre, un dormeur qui n\u2019a pas de nom s\u2019allonge en travers du monde o\u00f9 rien ne remue si ce n\u2019est de temps \u00e0 autre une touffe d\u2019herbe \u00e0 la recherche d\u2019un peu d\u2019air<br \/>\u00e0 respirer.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut voir les pierres sortir de leur cachette, visages tendus vers l\u2019imprenable clart\u00e9 qui va et vient d\u2019un \u00e9pi de bl\u00e9 \u00e0 l\u2019autre sans jamais se poser en entier sur l\u2019un<br \/>d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019horizon n\u2019est plus qu\u2019une mince ligne de feu qui vacille lorsqu\u2019on la regarde trop longtemps et d\u2019o\u00f9 la campagne, douce et embras\u00e9e, part vers le toit dont, chaque soir, le soleil<br \/>tombe.<\/p>\n\n\n\n<p>Hors du village o\u00f9 les murs se sont assoupis, on trouve une route qu\u2019on ne peut pas oublier<\/p>\n\n\n\n<p>quand un jour d\u2019\u00e9t\u00e9 on l\u2019a suivie, d\u2019arbre en arbre, comme une passerelle jet\u00e9e sur le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>XVI<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent fraternel des premiers moments du jour a d\u00fb s\u2019arr\u00eater sur la place du village parce que les toits sont de tr\u00e8s hautes montagnes dans la nuit qui circule \u00e0 un<br \/>m\u00e8tre du sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la terre, la route est blanche jusqu\u2019au ciel et pas un seul oiseau n\u2019ose s\u2019aventurer dans l\u2019espace o\u00f9 rien ne bouge, tant il fait chaud, sinon, sans motif, une feuille au fond d\u2019un<br \/>bois.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu de lumi\u00e8re jet\u00e9e sur les cailloux<\/p>\n\n\n\n<p>met \u00e0 nu les articulations du chemin<\/p>\n\n\n\n<p>qui, d\u2019orni\u00e8re en orni\u00e8re, conduit \u00e0 la trou\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>d\u2019o\u00f9 le couchant d\u00e9boule comme une roue perdue.<\/p>\n\n\n\n<p>La campagne se laisse prendre dans la nasse que la for\u00eat pose \u00e0 la sortie des vall\u00e9es et les plantes se d\u00e9lassent de leur journ\u00e9e en ber\u00e7ant un insecte<br \/>\u00e9puis\u00e9 de soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>XVII<\/p>\n\n\n\n<p>Les moissons font un rempart au bord des chemins o\u00f9 ne vont, comme s\u2019ils \u00e9taient seuls sur la terre, que les habitants d\u2019un village dont chaque mur est un heu de repos pour<br \/>l\u2019\u00e9t\u00e9 venant des villes.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut y trouver une pierre de plus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge fort lointain o\u00f9 il voyait le jour,<\/p>\n\n\n\n<p>en se faisant un peu de place au milieu d\u2019arbres qui n\u2019ont point voulu depuis reculer d\u2019un pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La source fait mine de jaillir \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 le soleil a besoin de quelques cailloux sur lesquels il s\u2019appuiera pour la traverser, mais l\u2019eau se brisera d\u2019un coup comme une<br \/>vitre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu de cendre persiste des feux qu\u2019on allume sous les fanes d\u2019o\u00f9 doit monter un printemps toujours aussi propre avec son herbe et ses feuilles, capables de couvrir la surface du<br \/>monde.<\/p>\n\n\n\n<p>XVIII<\/p>\n\n\n\n<p>Les bl\u00e9s vont guetter l\u2019homme qui, vers le couchant, m\u00e8ne l\u2019orage sourd d\u2019un troupeau, d\u2019une voix d\u00e9clinant peu \u00e0 peu sans jamais dispara\u00eetre puisqu\u2019\u00e0 leur tour<br \/>ils se parleront jusqu\u2019au matin.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme est sans nouvelles d\u2019un village quitt\u00e9 chaque jour avant que ne partent les \u00e9toiles et red\u00e9couvert \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 quelques lampes \u00e9clairent les murs comme<br \/>s\u2019ils \u00e9taient en ruines.<\/p>\n\n\n\n<p>Pareil aux ruisseaux talonn\u00e9s par les nuages dans leur fuite vers le soir, l\u2019automne ou la mer, il court vers une porte encadr\u00e9e de lumi\u00e8re, l\u2019ouvre et respire, ayant<br \/>retrouv\u00e9 son ombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la fen\u00eatre, il \u00e9coute un instant le bruit que fait un peuplier quand il s\u2019\u00e9bat dans l\u2019air, puis le sommeil le couche ainsi qu\u2019une statue sur le haut o\u00f9 sont n\u00e9s et<br \/>morts tous ses anc\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>Lucien Becker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>COMMENTAIRE&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Rate This \u00ab\u00a0TERRE \u00d4\u00a0\u00bb NIALA 2021 ACRYLIQUE S\/TOILE 46X38 LES PIERRES DANS LE SOLEIL Le vent frappe les herbes comme une monture qui doit gagner les ruisseaux \u00e0 marches forc\u00e9es.Aucun vivant ne peut se soustraire \u00e0 la mort qui l\u2019enferme dans sa toile de rues et de veines. Il est vain de courir la terre &hellip; <a href=\"https:\/\/alainnialablog.com\/?p=3663\" class=\"more-link\">Lire la suite de <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0TERRE \u00d4\u00a0\u00bb- NIALA 2021 &#8211; ACRYLIQUE S\/TOILE 46X38<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[600474432,563079525,600474443,16442249,600474448,332070928,600474429,6325,4036145],"tags":[],"class_list":["post-3663","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-a-d-a-g-p","category-atelier-et-murmures","category-latelier-bleu","category-les-empreintes","category-lucien-becker","category-mes-mots-peints","category-niala","category-non-classe","category-tableau-de-bord"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8rIPu-X5","jetpack_likes_enabled":true,"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3663","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3663"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3663\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3666,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3663\/revisions\/3666"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3663"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3663"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3663"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}