{"id":2392,"date":"2018-03-16T14:49:58","date_gmt":"2018-03-16T13:49:58","guid":{"rendered":"https:\/\/alainnialablog.com\/?p=2392"},"modified":"2018-03-16T14:49:58","modified_gmt":"2018-03-16T13:49:58","slug":"la-chambre-de-don-quichotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alainnialablog.com\/?p=2392","title":{"rendered":"LA CHAMBRE DE DON QUICHOTTE"},"content":{"rendered":"<header>\n<h1 style=\"text-align:justify;\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"2393\" data-permalink=\"https:\/\/alainnialablog.com\/?attachment_id=2393\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/alainnialablog.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/p1050572.jpg?fit=1000%2C1284&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1000,1284\" data-comments-opened=\"1\" 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DON QUICHOTTE<\/h1>\n<p style=\"text-align:justify;\">\n<div class=\"node\" style=\"text-align:justify;\"><\/div>\n<\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"single-post-col-left\" style=\"text-align:justify;\">Comme un cheval d&rsquo;os de poil et de feu sera toujours au cavalier pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 toute monture fictive<\/div>\n<div class=\"single-post-col-right\">\n<div class=\"entry-description\" style=\"text-align:justify;\">\n<p>De m\u00eame \u00e0 celui qui ne se soucie aucunement de cavalcade et que n&rsquo;\u00e9meut ni la sueur de la robe ni le hennissement<\/p>\n<p>Un cheval de pierre est plus grand l\u00e0 debout sur son socle \u00e0 tout jamais qui se cabre<\/p>\n<p>Plus enivrant dans cette inutilit\u00e9 de la crini\u00e8re qui bouge avec la lenteur du soleil<\/p>\n<p>Et cette couleur blafarde aux ombres variables<\/p>\n<p>Que la b\u00eate chaude et glac\u00e9e entre les cuisses de l&rsquo;homme qui s&rsquo;envole<\/p>\n<p>La b\u00eate \u00e0 qui le poignet fait mal o\u00f9 la main la retient<\/p>\n<p>Ainsi les mots dans ma bouche sont le cheval de pierre<\/p>\n<p>Et ils sonnent de tous ces grelots mis aux harnais imaginaires<\/p>\n<p>Ils sont le cuir f\u00e9rocement qui arr\u00eate l&rsquo;\u00e9lan de la pens\u00e9e<\/p>\n<p>Us entrent dans la chair de ce que je dis<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est moi qui souffre o\u00f9 la raison me blesse d\u00e9j\u00e0 d\u00e9passant ce qu&rsquo;elle permet d&rsquo;entendre<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 mis en sang par la bride et chaque parole n&rsquo;est plus<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;elle \u00e9tait mise en branle<br \/>\nElle dit autre chose que ce qu&rsquo;elle dit<\/p>\n<p>Que ce qu&rsquo;elle disait<br \/>\nJe m&rsquo;enivre<\/p>\n<p>De l&#8217;emploi que je fais des vocables humains et tremble<\/p>\n<p>Je ne sais trop moi-m\u00eame de quelle profanation commise de quel forfait<\/p>\n<p>Que je signe de quelle d\u00e9nonciation du langage<\/p>\n<p>Et pourtant quand le caillou roule et m&rsquo;\u00e9chappe et tombe et rebondit<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est point le sens qui meurt mais autre chose qu&rsquo;il devient<\/p>\n<p>Qu&rsquo;un autre que moi ne lui aurait point donn\u00e9 licence d&rsquo;\u00eatre<\/p>\n<p>Autre chose que ce galop suivant les r\u00e8gles du pav\u00e9 que cette course<\/p>\n<p>D&rsquo;ici \u00e0 l\u00e0 et pas plus loin<\/p>\n<p>Autre chose qu&rsquo;une liaison de poste avec son horaire et la ville \u00e0 chaque bout nomm\u00e9e<\/p>\n<p>Autre chose que le cheminement de la pens\u00e9e autre chose<\/p>\n<p>Que midi forc\u00e9ment \u00e0 la fin de la matin\u00e9e<\/p>\n<p>Autre chose autre chose n&rsquo;en f\u00fbt-il point d&rsquo;autre et je m&rsquo;entends<\/p>\n<p>Moi-m\u00eame avec \u00e9tonnement moi-m\u00eame dans l&rsquo;\u00e9cho redoubl\u00e9 des syllabes<\/p>\n<p>Comme celui dans la montagne qui avance le pied sur l&rsquo;\u00e9boulis<\/p>\n<p>Et sent fuir \u00e0 peine pos\u00e9 toute la terre sous sa semelle en vain prudente<\/p>\n<p>Les mots l&rsquo;un l&rsquo;autre qui s&rsquo;entra\u00eenent dans la chute et on ne peut plus rien arr\u00eater<\/p>\n<p>Ni le bond des blocs et leur presse et le d\u00e9clenchement du vertige<\/p>\n<p>Ni l&rsquo;\u00e9norme suintement de poussi\u00e8re fuyante fine affol\u00e9e<\/p>\n<p>Ni l&rsquo;\u00e9cho sauvage qui r\u00e9pond de falaise en falaise comme une image de miroir en miroir<\/p>\n<p>Et plus rien ne se borne \u00e0 soi d\u00e9sormais mais tout vocable porte<\/p>\n<p>Au del\u00e0 de soi-m\u00eame une signification de chute une force r\u00e9v\u00e9latrice<\/p>\n<p>O\u00f9 ce que je ne dis pas perce en ce que je dis<\/p>\n<p>O\u00f9 plus fort est l&rsquo;entra\u00eenement des paroles que le r\u00eave qui les pr\u00e9c\u00e8de<\/p>\n<p>O\u00f9 je suis emport\u00e9 comme un f\u00e9tu de paille sur une mer d\u00e9mont\u00e9e<\/p>\n<p>O\u00f9 je suis le jouet qui ne- se peut retenu- d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 nouvelle<\/p>\n<p>Nouvellement dans sa marche invent\u00e9e<\/p>\n<p>Et je n&rsquo;ai plus ma\u00eetrise de ma langue \u00e0 la fois torrent et ce qu&rsquo;il roule<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai plus le choix de ne point prof\u00e9rer ces sons charg\u00e9s d&rsquo;ivresse comme les grains d&rsquo;un raisin noir<\/p>\n<p>Je ne puis faire que je ne les ai point prononc\u00e9s<\/p>\n<p>Avec toute la violence de l&rsquo;\u00e9locution surhumaine qui me roule me tourne me renverse<\/p>\n<p>Et que vous expliquez bien mal avec ce pauvre mot de po\u00e9sie<\/p>\n<p>Auquel on en fait voir de toutes les couleurs<\/p>\n<p>Le r\u00e9citant s&rsquo;arr\u00eate et l&rsquo;on voit que c&rsquo;est un vieil homme d\u00e9j\u00e0 dans une chambre des<br \/>\nEspagnes sans doute o\u00f9 les plafonds cloisonn\u00e9s d&rsquo;ors d\u00e9teints sont hauts et soutenus de milliers de lances ou de piques tandis<\/p>\n<p>que des chauves-souris s&rsquo;accrochent \u00e0 des baldaquins des courtines des manches de fant\u00f4mes<\/p>\n<p>et<br \/>\nL&rsquo;absence du feu se fait sentir au manque de reflets sur les meubles lourds et sourds alors \u00e0 quoi bon la parole et cette admonestation grandiloquente des t\u00e9n\u00e8bres mais qu&rsquo;y<br \/>\nfaire<\/p>\n<p>elle reprend la parole elle reprend comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait comme si<\/p>\n<p>rien n&rsquo;\u00e9tait au monde qu&rsquo;elle et son d\u00e9roulement de parole rien \u00e0 faire pour l&rsquo;arr\u00eater<\/p>\n<p>Je suis arriv\u00e9 sans avoir eu le temps de me retourner au bout si proche de ma longue vie<\/p>\n<p>Comme au bout d&rsquo;une phrase inconsid\u00e9r\u00e9ment prononc\u00e9e<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait hier l&rsquo;enfance et je n&rsquo;ai pas eu plus t\u00f4t mis les gants de velours de mon printemps<\/p>\n<p>Que d\u00e9j\u00e0 me voil\u00e0 cette loque \u00e9dent\u00e9e incapable \u00e0 pr\u00e9sent d&rsquo;escalader les montagnes<\/p>\n<p>De fendre de mon ventre fl\u00e9ch\u00e9 l&rsquo;espace marin qui se prostituait \u00e0 moi pour aucun autre argent que celui de ses vagues<\/p>\n<p>De faire g\u00e9mir sous moi la beaut\u00e9<\/p>\n<p>Je suis arriv\u00e9 sans m\u00eame le remarquer \u00e0 cette extr\u00e9mit\u00e9 de moi-m\u00eame<\/p>\n<p>\u00c0 ce point d&rsquo;o\u00f9 tu ne peux que regarder en arri\u00e8re parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus rien devant toi<br \/>\nEt qu&rsquo;y vois-tu bavard qui vraiment te r\u00e9jouisse<br \/>\nIl faut reconna\u00eetre que ce n&rsquo;\u00e9tait que cela que cela rien d&rsquo;autre et tu ne pourras rien y changer<\/p>\n<p>Corriger recommencer raturer refaire travailler comme une prose<\/p>\n<p>Rien<br \/>\nTout ce que tu fus sera tu ne peux plus rien rattraper<br \/>\nLa barque est largu\u00e9e et du reste<br \/>\nCela fait belle lurette qu&rsquo;elle se balade hors de ton pouvoir<\/p>\n<p>Tu regardes ton pass\u00e9 de cet air d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 que je t&rsquo;ai toujours connu devant les miroirs<br \/>\nTu ne peux plus rien pour lui tout est irr\u00e9versible<br \/>\nEt tu n&rsquo;auras au bout du compte dit que cela<br \/>\nQue cela que cela r\u00e9p\u00e8te-le car il n&rsquo;est pas pour ton ombre prochaine<br \/>\nDe pire glas que cela pauvre homme que cela<br \/>\nTe voil\u00e0 sur le m\u00f4le de ton langage<br \/>\nPhare \u00e0 jamais \u00e9teint dans un ciel sans \u00e9toiles<br \/>\nEt rien \u00e0 ses pieds que le ressac monotone du temps<br \/>\nTe voil\u00e0 qui comptes les quatre sous de ce que tu te trouveras finalement avoir dit<\/p>\n<p>Et l&rsquo;abominable de la mis\u00e8re n&rsquo;est point la faim pr\u00e9sente<\/p>\n<p>Mais que ce ne f\u00fbt que cette mis\u00e8re et la place pour toujours de ce d\u00e9nuement<br \/>\nComme une maison o\u00f9 le m\u00e9nage n&rsquo;est point fait<br \/>\nCe sont donc l\u00e0 tous ces miracles dont il me semblait mener grand bruit<\/p>\n<p>Cet assourdissement de mon sillage et ce claquement d&rsquo;ailes<\/p>\n<p>Des mouettes \u00e0 l&rsquo;oreille avec \u00e0 main gauche pour mieux m&rsquo;aceompagner<\/p>\n<p>Le plongeon sonore des dauphins<br \/>\nAh tu peux rire<\/p>\n<p>Regarde combien tout cela semble chauve<\/p>\n<p>Ta po\u00e9sie ah tu peux rire \u00e0 perte de vue<\/p>\n<p>Eire et sangloter dans la grande chambre nue et froide<\/p>\n<p>O\u00f9 personne que toi-m\u00eame ne t&rsquo;entend<\/p>\n<p>Eh bien parlons-en de ta po\u00e9sie<\/p>\n<p>II s&rsquo;est lev\u00e9 car il y a des mois comme cela qui font qu&rsquo;il se l\u00e8ve et je l&rsquo;avais remarqu\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure quand il a pour la premi\u00e8re fois je ne sais plus dans quel<br \/>\ncontexte prononc\u00e9 le mot de po\u00e9sie il avait eu cette cabrure des reins ce petit sursaut de la fesse sur son si\u00e8ge un rebondissement passager m\u00e9canir nique inexplicable par<br \/>\nla phrase qui tenait du r\u00e9flexe une sorte de<br \/>\nBabinski moral et je me disais que personne et pas moi surtout ne l&rsquo;avait frapp\u00e9 du plat de la main personne ou du marteau pr\u00e9cis qui d\u00e9c\u00e8le un invisible cheminement du mal<br \/>\ndans le secret appareil de la pens\u00e9e ses cha\u00eenes \u00e0 fins rameaux ses moelles les circonvolutions du g\u00e9nie oui du g\u00e9nie car il faut bien c&rsquo;est au th\u00e9\u00e2tre<br \/>\naffaire de convention que personne dans la salle ne doute un instant qu&rsquo;il s&rsquo;agit ici d&rsquo;un g\u00e9nie ou bien je vous le demande o\u00f9 serait donc le drame<br \/>\nMais chut \u00e9coutez-le<\/p>\n<p>Ta po\u00e9sie ah ah<br \/>\nTu me fais mal<\/p>\n<p>Ta po\u00e9sie entends-toi bien seulement dire \u00e7a l&rsquo;enflure<\/p>\n<p>La bouche ronde et la joue on croirait les<br \/>\nTritons de la mythologie<\/p>\n<p>Ta po\u00e9sie il y a dans ta fa\u00e7on de balancer la t\u00eate \u00e0 cette id\u00e9e<\/p>\n<p>Et de faire l&rsquo;\u0153il vague et le regard \u00e0 l&rsquo;infini quelque chose<\/p>\n<p>Dont tu ne mesureras jamais sans doute la grotesque immensit\u00e9<\/p>\n<p>Ta po\u00e9sie \u00f4 na\u00eff ce petit b\u0153uf sur ta langue<\/p>\n<p>Ce mot qui fait de toi tout au plus un vague professeur de<br \/>\nCinqui\u00e8me<br \/>\nA<\/p>\n<p>Ce mot lucarne sur le ciel de ta sottise ce mot cl\u00e9<\/p>\n<p>De la prodigieuse simplicit\u00e9 de ton \u00e2me<\/p>\n<p>Mais ne t&rsquo;\u00e9corche-t-il pas les l\u00e8vres en passant quand en \u00e9clate le buccin<\/p>\n<p>Ta po\u00e9sie o\u00f9 donc as-tu la t\u00eate<br \/>\nVa<\/p>\n<p>Tu ne seras jamais qu&rsquo;un peintre du dimanche dans le meilleur des cas<\/p>\n<p>Triste comme un peintre du dimanche<\/p>\n<p>Mal r\u00e9veill\u00e9 de sa semaine et qui retrouve s\u00e8ches les couleur d&rsquo;il y a huit jours<\/p>\n<p>\u00c9gar\u00e9 comme an peintre du dimanche<br \/>\nQui ne peut mettre la main ni sur ses pinceaux ni sur sa pens\u00e9e<\/p>\n<p>Constern\u00e9 devant la toile \u00e9bauch\u00e9e o\u00f9 il croyait avoir fix\u00e9 l&rsquo;invisible<\/p>\n<p>Malheureux comme un peintre du dimanche qui mesure sa journ\u00e9e<\/p>\n<p>Et tu ne peux te d\u00e9barrasser de ta semaine qui te suit comme une ombre dans le dimanche<\/p>\n<p>Comme une ma\u00eetresse exigeante avec laquelle c&rsquo;est trop long de s&rsquo;expliquer<\/p>\n<p>C&rsquo;est toute ta vie \u00e0 la fin qui n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une longue semaine<\/p>\n<p>Et il n&rsquo;y a pas de dimanche \u00e0 vrai dire autre que le dimanche \u00e0 la fin de ta mort<br \/>\nTu parles de ta po\u00e9sie et soudain te redresses devant<br \/>\nUn g\u00e9n\u00e9ral passant sur le front des lignes car toi tu veux lui faire bonne impression<br \/>\nTu parles de ta po\u00e9sie on dirait vraiment qu&rsquo;elle existe<br \/>\nTu parles de ta po\u00e9sie on jurerait qu&rsquo;elle est \u00e0 ton bras et toi tu nous pr\u00e9sentes<br \/>\nMadame<\/p>\n<p>Mon cher le temps est pass\u00e9 des r\u00e9ceptions \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture<\/p>\n<p>Personne m&rsquo;entends-tu personne n&rsquo;\u00e9crit po\u00e8te apr\u00e8s son nom sur l&rsquo;Annuaire des<br \/>\nT\u00e9l\u00e9phones<\/p>\n<p>M\u00eame la mal\u00e9diction attach\u00e9e \u00e0 ce mot ne le sauve pas du ridicule<\/p>\n<p>Comme une casserole d&rsquo;\u00e9mail bleu qu&rsquo;un chien trimbale sur les pav\u00e9s et elle s&rsquo;\u00e9caille et l&rsquo;on voit aux cassures le fer noir<\/p>\n<p>Celui qui se pr\u00e9senterait dans une caserne avec cette \u00e9tiquette tu imagines<br \/>\nLa d\u00e9rision dans les escaliers et les cours ou m\u00eame avant<br \/>\nRepr\u00e9sente-toi ce jeune homme dans un simple appareil<\/p>\n<p>Qui r\u00e9pond ainsi quand on l&rsquo;interroge au<br \/>\nConseil de<br \/>\nR\u00e9vision<\/p>\n<p>Mais que dire alors du vieillard ayant fait l&rsquo;interminable chemin de sa vie<\/p>\n<p>Quand il n&rsquo;a plus rien \u00e0 apprendre et simplement ses vieilles lettres \u00e0 ficeler<\/p>\n<p>Pour qui se nommer po\u00e8te est la chose la plus naturelle du monde<\/p>\n<p>Persiste et signe<\/p>\n<p>Tais-toi ne parle pas de ta po\u00e9sie<\/p>\n<p>Il s&rsquo;est rassis la t\u00eate dans ses mains le malheur dans ses araign\u00e9es<br \/>\nLes oreilles lui tintent ou peut-\u00eatre ce ne sont pas des imaginations mais le pas au loin dans la maison d&rsquo;une servante un enfant qui crie dans la cour<br \/>\nII n&rsquo;est pas facile \u00e0 l&rsquo;homme de distinguer sa m\u00e9moire de ce gui se passe en r\u00e9alit\u00e9 dans ces parties invisibles de sa demeure les corridors ou le grenier<br \/>\nLes sons facilement se confondent se fondent<br \/>\nPour un rien ils suivent des cadences<br \/>\nC&rsquo;est alors qu&rsquo;on dit que les oreilles vous tintent<br \/>\nCela commence de fa\u00e7on tout \u00e0 fait insinuante une obsession machinale \u00e0 peine ou pas remarqu\u00e9e<br \/>\nUne syllabe de pl\u00e9nitude qui revient et se gorge de musique si pas encore de sens une variation d&rsquo;abord infime dans les l\u00e8vres entreb\u00e2ill\u00e9es un go\u00fbt on dirait que<br \/>\nrec\u00e8le moins qu&rsquo;un mot une part de ce mot soudain vivante m\u00fbre anim\u00e9e une odeur de ce mot un go\u00fbt profond de fruit dans sa pulpe et la langue avec le noyau joue<br \/>\nMon<br \/>\nDieu quel est ce mai des mots ce retour cette reverdie il semble qu&rsquo;on entend la balle sur un sol d&rsquo;\u00e9cole qui bondit<br \/>\nVceil la guette et la main l&rsquo;attend tout le corps \u00e0 la relancer s&rsquo;appr\u00eate on dirait on dirait aussi bien le choc des agathes<\/p>\n<p>On dirait \u00e0 ce jeu retrouv\u00e9 non point le jeu comme on l&rsquo;entend mais celte angoisse de gagner cette r\u00e9\u00e9valuation de toute chose par le jeu qui donne \u00e0 tout son sens<br \/>\ntragique et fait d&rsquo;un pile ou face toujours question de vie ou de mort<\/p>\n<p>Il s&rsquo;est rassis la t\u00eate dans ses mains il \u00e9coute des cloches<\/p>\n<p>je crois au moins que ce sont des cloches<\/p>\n<p>des cloches qui sont d\u00e9sormais toute sa rumeur le dedans de ses prunelles le pouls de son \u00eatre le pas de sa vie et de sa mort<br \/>\nAttention ne toussez pas il va parler il parle<\/p>\n<p>Je parierai de ma po\u00e9sie<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t cette r\u00e9solution prise il s&rsquo;\u00e9tablit un grand silence et peu \u00e0 peu le d\u00e9cor s&rsquo;efface ou s&rsquo;estompe au moins les livres sur le coin de la table et l&rsquo;encrier<br \/>\nrenvers\u00e9 les griffonnages de l&rsquo;usure aux parois les papiers d\u00e9chir\u00e9s comme des lys retombant les pivoines de l&rsquo;humidit\u00e9 la poussi\u00e8re de la nuit tout se remplit d&rsquo;une<br \/>\nmusique \u00e0 moins que ce ne soit une lumi\u00e8re on dirait l&rsquo;eau fra\u00eeche dans la bouche apr\u00e8s une longue marche la jeunesse de la l\u00e8vre une fois la fi\u00e8vre tomb\u00e9e<br \/>\nune guitare qui s&rsquo;accorde une voix qux s essaye et le genou tremble sous l&rsquo;instrument le pouce au-dessus de la corde encore \u00e9tonn\u00e9 du la qu&rsquo;il \u00e9veille du \u2022parfum<br \/>\nr\u00e9v\u00e9lant quelque part des fleurs dans un vase et qui d&rsquo;autre les e\u00fbt jamais apport\u00e9es si bien qu&rsquo;on ne peut plus comprendre qui vraiment parle ni d&rsquo;o\u00f9 vient la<br \/>\nchanson<\/p>\n<p>et<br \/>\nVunivers est pur comme peut \u00eatre pur un visage<\/p>\n<p>Louis Aragon<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"2394\" data-permalink=\"https:\/\/alainnialablog.com\/?attachment_id=2394\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/alainnialablog.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/p1050570.jpg?fit=1000%2C1447&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1000,1447\" data-comments-opened=\"1\" 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&#8211; Niala <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:center;\"><em>Acrylique s\/Canson, encadr\u00e9 s\/verre 30&#215;40<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA CHAMBRE DE DON QUICHOTTE Comme un cheval d&rsquo;os de poil et de feu sera toujours au cavalier pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 toute monture fictive De m\u00eame \u00e0 celui qui ne se soucie aucunement de cavalcade et que n&rsquo;\u00e9meut ni la sueur de la robe ni le hennissement Un cheval de pierre est plus grand l\u00e0 debout &hellip; <a href=\"https:\/\/alainnialablog.com\/?p=2392\" class=\"more-link\">Lire la suite de <span class=\"screen-reader-text\">LA CHAMBRE DE DON QUICHOTTE<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[563079525,332070928,4036145],"tags":[31254,177,568620,154316,82171,14831],"class_list":["post-2392","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier-et-murmures","category-mes-mots-peints","category-tableau-de-bord","tag-amour","tag-art","tag-arts-plastiques","tag-humanisme","tag-peinture","tag-poesie"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8rIPu-CA","jetpack_likes_enabled":true,"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2392","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2392"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2392\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2395,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2392\/revisions\/2395"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2392"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2392"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alainnialablog.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}