LES VILLAGES BLEUS / N°3

LES VILLAGES BLEUS

(N°3)

 

…Je préviens que j’emploierai ce mot [poète] au sens large des anciens ; non pas du faiseur de vers — qui n’en a plus aucun pour nous — mais désignant tout artiste dont l’ambition et le but sont de créer, par une œuvre esthétique faite de ses propres moyens une émotion particulière que les choses de la nature, à leur place, ne sont pas en mesure de provoquer en l’homme. En effet, si les spectacles de la nature étaient capables de vous procurer cette émotion-là, vous n’iriez pas dans les musées, ni au concert, ni au théâtre, et vous ne liriez pas de livres. Vous resteriez où et comme vous êtes, dans la vie, dans la nature. Ce que vous allez chercher au théâtre, au musée, au concert et dans les livres, c’est une émotion que vous ne pouvez trouver que là — non pas une de ces émotions sans nombre, agréables ou pénibles, que vous dispense la vie, mais une émotion que l’art seul peut vous donner.

Il n’y a plus personne aujourd’hui pour croire que les artistes apprennent leur art et leur métier dans la nature. En admettant qu’elle soit, comme on l’a dit, un dictionnaire, ce n’est pas dans un dictionnaire que l’on apprend à s’exprimer. […] C’est par les toiles des maîtres que sont d’abord émus les jeunes peintres, par les poèmes des aînés que sont remués, blessés à vie, les futurs grands poètes.

[…] les vrais poètes ne peuvent prouver la poésie qu’en poétisant, si je puis dire. Pour moi, à qui certains prestigieux moyens n’ont pas été très libéralement départis, je suis bien obligé de m’y prendre autrement. On a souvent dit et répété que la poésie, comme la beauté, était en tout et qu’il suffisait de savoir l’y trouver. Eh bien non, ce n’est pas du tout mon avis. Tout au plus accorderai-je que la poésie n’étant au contraire nulle part, il s’agit précisément de la mettre là où elle aura le plus de chance de pouvoir subsister. — Mais aussi, qu’une fois admise la nécessité où l’homme s’est trouvé de la mettre au monde afin de mieux pouvoir supporter la réalité qui, telle qu’elle est, n’est pas toujours très complaisamment à notre portée, la poésie n’a pas besoin pour aller à son but de tel ou tel véhicule particulier. Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore — pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots atteignant l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tristesse ou la joie. Elle est dans cette transmutation opérée sur les choses par la vertu des mots et les réactions qu’ils ont les uns sur les autres dans leurs arrangements — se répercutant dans l’esprit et la sensibilité. Ce n’est pas la matière dont la flèche est faite qui la fait voler — qu’importe le bois ou l’acier — mais sa forme, la façon dont elle est taillée et équilibrée qui font qu’elle va au but et pénètre et, bien entendu aussi, la force et l’adresse de l’archer.

Pierre Reverdy (Sable mouvant, Au soleil du plafond, La Liberté des mers, suivi de Cette émotion appelée poésie, édition d’Étienne-Alain Hubert, Poésie / Gallimard, 2003, p. 94-95, 96, 107-108. [/i]

Salut Montparno,

toi qui me mandoline

Comme si, à la recherche du sens, tu m’rappelais Amédéo

Sous couvert de ton cimetière

Histoire de me sortir la tête de l’eau

Matière de doute c’est sûr que Modi, lui, y fait référence

Plus maudit que lui tu meurs, d’ailleurs ils se sont pas privé d’lui dire, les braves gens

Pas étonnant que l’Art N’aigre t’ait inspiré la forme de ton émotion

Le rouge dans ton verre, à La Ruche tu t’en ais piqué le pif jusqu’au Dôme

A la tienne, que j’rêve tout ô

Tout seul

Dans le trou de chiottes de l’avis unanime

Ya des Cours où la lâcheté trône

Y’en a une monumentale que tu as habité plus que quiconque

C’est celle qui partant de ta fenêtre, atterrit sur le pavé de la cour

Jeanne Hébuterne

Avec ton enfant dans l’ventre

Salut Montparno, toi qui me mandoline

en corps des années après

Cimetière des arbres éternels, source vive où le frisson est toujours

Village Bleu

où dans l’égarement des valeurs je r’trouve toute la gamme des bonnes notes

Aujourd’hui j’ai laissé la parole à

Pierre Reverdy

il a tous les mots de ma pensée.

A présent passée

De Paname à Charente

Cabane maritime

Alain Niala

19 Mars 2017

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Les Villages Bleus – 2017 – Niala – Acrylique s/contrecollé, encadré s/verre 65×50

LES VILLAGES BLEUS 2

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LES VILLAGES BLEUS 2

Par la vitre

le temps tourné vert

l’oeil émasculé

sort les maisons de sa rétine

Telle

image d’espoir

j’ai construit Bleu

Mon vélo mis en cale sèche

dans une série noire

se détrousse, perspective chapardée

L’infortune sourit aux amoureux

pour tant d’hiver vrillé à leur quête

Alors à mon coeur décousu

j’épingle le pourquoi de mes villages, sans autre justificatif

L’âtre parlera d’elle m’aime

du feu intérieur et de l’Absolu, seul printemps du poète fou.

Alain Niala – 15 Mars 2017

P1050264 - Copie (2)

Les Villages Bleus 2 – 2017 – Niala – Acrylique s/contrecollé, encadré s/verre 65×50

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ATELIER & MURMURES 8

ATELIER & MURMURES 8

L’extérieur dispense le chaud et l’effroi au gré d’un mois capricieux dans lequel celui de l’égo va-et-vient. Nouvelle lune, la voix lactée se fait un sans d’encre.

Les murmures de l’Atelier sont soumis à d’inévitables variations que la bulle tient à distance sans pouvoir éliminer en totalité les effets d’ô d’heurts aux retors desseins.

Ma Muse

je te traverse

par le vert de tes yeux, où j’alpe mes ressources en période de sécheresse

roussi des incendies criminels

dans l’occupation des sols de la gamme

qui fausse l’orchestration symphonique

Passent des costumes de comédie, robes aux fleurs de sel que des guenilles tentent de faner d’un fade ajouté

Oh, ces lancinants cortèges de fourmis montées sur échasses montrant le jaunissement de sourires en papier-mâché exigeant la dialyse de reins salaces portés par un libidineux ersatz d’amour. La morue se faisant la carène de la blanche d’eau douce, ça tord l’étalon sur le trottoir de la vulgarité

Il y a toujours un  oeil clair au fond du sombre couloir quand la douleur oblige à en passer par elle pour différencier la nature intrinsèque du bien et du mal

Nuance,

ô divine différence qui fait la nécessité du pieux mensonge pour atténuer la cruauté d’une vérité sans pitié

Aimer c’est reconnaître

ce n’est pas tricher.

Alain Niala – 10 Mars 2017

P1050254

Atelier et Murmures 8 – 2017 – Niala – Acrylique s/contrecollé encadré s/verre 30×40